Par Quentin Dumas, fondateur de Solydari
Quentin Dumas a lancé Solydari en 2021 au Pays basque et dirige aujourd’hui un réseau de plus de 350 entreprises qualifiées en France, organisé en pôles locaux qui se réunissent chaque mois. Solydari sur LinkedIn.
Publié le 11 septembre 2026 · Données relevées le 4 septembre 2026
En 2016, 45 % des dirigeants de PME et d’ETI se déclaraient isolés. Dix ans plus tard, ils sont 49 %, et la proportion de ceux qui se disent très isolés est passée de 11 % à 18 %. Ces chiffres sont ceux de l’enquête menée par Bpifrance Le Lab auprès de 917 dirigeants de PME et d’ETI entre février et avril 2026, complétée par 35 entretiens conduits de janvier à mai 2026 auprès de 24 dirigeants et 11 experts. Ils décrivent une décennie pendant laquelle les clubs, les incubateurs, les communautés en ligne et les petits-déjeuners professionnels se sont multipliés.
Une autre courbe de la même étude éclaire la première : la participation des dirigeants à une organisation patronale est tombée de 28 % à 19 % sur la même période. Le nombre de lieux où se retrouver a augmenté ; la fréquentation des lieux où l’on parlait des difficultés, elle, a reculé.
De quoi parle-t-on. La solitude du dirigeant ne désigne pas l’absence de monde autour de soi. Un chef d’entreprise passe ses journées entouré de salariés, de clients, de fournisseurs et de conseils. Elle désigne l’absence d’un interlocuteur devant lequel il puisse dire ce qu’il ne peut dire ni à ses équipes, ni à sa banque, ni à ses clients, ni souvent à son conjoint : le doute sur une décision, la trésorerie de la fin du mois, l’envie d’arrêter.

Que mesure exactement l’étude Bpifrance Le Lab de 2026 ?
Elle mesure deux choses distinctes : le sentiment d’isolement déclaré par les dirigeants, et le rapport qu’ils entretiennent avec le sens de leur engagement. Le second résultat est le plus frappant : 75 % des dirigeants interrogés se sont interrogés sur le sens de leur engagement entrepreneurial au cours des douze derniers mois. L’étude prolonge une première enquête menée dix ans plus tôt, ce qui permet une comparaison directe plutôt qu’une photographie isolée.

| Indicateur | 2016 | 2026 |
|---|---|---|
| Dirigeants se déclarant isolés | 45 % | 49 % |
| Dirigeants se déclarant très isolés | 11 % | 18 % |
| Participation à une organisation patronale | 28 % | 19 % |
| Se sont interrogés sur le sens de leur engagement sur douze mois | – | 75 % |
| Vivent cette solitude comme un stress lié à la charge mentale | – | 65 % |
| Se déclarent personnellement affectés par les débats budgétaires visant les entreprises | – | 74 % |
Source : Bpifrance Le Lab, enquête auprès de 917 dirigeants de PME et d’ETI, février – avril 2026.
À quel moment de la vie d’une entreprise la solitude est-elle la plus forte ?
Dans les moments difficiles, et de très loin : 58 % des dirigeants s’y déclarent souvent ou toujours seuls. L’isolement culmine donc précisément quand les décisions sont les plus lourdes et les moins réversibles. La période de création, souvent décrite comme la plus rude, arrive loin derrière avec 30 %.

Deux chiffres méritent qu’on s’y arrête ensemble. La transmission, à 42 %, est une phase où le dirigeant ne peut parler ni à ses salariés, qui apprendraient leur avenir par la rumeur, ni à ses clients, ni à ses concurrents, qui sont parfois les acheteurs potentiels. Le succès, à 25 %, montre que la réussite ne protège pas : un dirigeant sur quatre se sent seul au moment où tout va bien, parce que se plaindre devient socialement impossible et que les interlocuteurs deviennent intéressés.
Pour un dirigeant qui prépare l’une de ces deux étapes, la conséquence est pratique : le collectif utile se constitue avant d’en avoir besoin. Un groupe de pairs rejoint le mois où la difficulté arrive ne sert à rien, parce que la confiance qui autorise à parler prend plusieurs mois à s’installer.
Pourquoi le sentiment progresse-t-il alors que les occasions de se rencontrer se multiplient ?
Parce que le nombre de contacts et la possibilité de parler sont deux grandeurs différentes. Un dirigeant peut enchaîner cinq événements professionnels dans le mois sans qu’aucun ne lui offre le cadre où dire « je ne sais pas quoi faire ». La plupart des rencontres professionnelles sont des lieux d’exposition, où l’on se présente sous son meilleur jour ; la solitude décrite par l’étude est celle d’un manque de lieux de dépôt.
Le recul de l’engagement patronal, de 28 % à 19 %, retire par ailleurs un cadre qui remplissait discrètement cette fonction. On y allait pour la représentation et la défense d’intérêts communs ; on y croisait des dirigeants du même territoire, dans la durée, hors relation commerciale. Ce que remplacent mal les formats courts et les communautés en ligne, où la répétition des mêmes visages n’est pas garantie.
S’ajoute un élément de contexte que l’étude chiffre : 74 % des dirigeants se disent personnellement affectés par les débats budgétaires visant les entreprises, et 65 % décrivent leur solitude comme un stress lié à la charge mentale. La décision solitaire pèse davantage quand le cadre économique lui-même devient imprévisible, puisque la marge d’erreur se réduit sans que l’aide disponible augmente.
Comment distinguer une solitude ordinaire d’une situation qui abîme la santé ?
L’étude fournit un repère net : 17 % de l’ensemble des dirigeants interrogés présentent une mauvaise santé mentale, mais cette part monte à 38 % chez ceux qui questionnent très souvent le sens de leur engagement. Le questionnement répété sur le sens n’est donc pas une coquetterie philosophique : c’est le signal le mieux corrélé à une dégradation réelle.
Les signaux qui doivent faire consulter sont ceux de l’épuisement, pas ceux de la fatigue : sommeil qui ne répare plus, irritabilité qui déborde sur l’équipe et la famille, décisions repoussées les unes après les autres, perte d’intérêt pour ce qui plaisait dans le métier, ou au contraire incapacité à s’arrêter. La santé du dirigeant fait l’objet d’un travail académique continu en France : l’Observatoire Amarok, créé en 2009 par Olivier Torrès, professeur à l’université de Montpellier, s’y consacre spécifiquement.
Si la situation est aiguë
Le dispositif APESA propose un soutien psychologique gratuit aux entrepreneurs en souffrance aiguë, déclenché par des sentinelles formées puis pris en charge de manière confidentielle par un psychologue. APESA précise elle-même ne pas être un dispositif d’urgence : en cas de crise, le numéro national de prévention du suicide est le 3114, joignable gratuitement 24 heures sur 24.
Quels collectifs produisent un effet, et sur quoi exactement ?
Aucun format ne traite tout. Un groupe de pairs ne remplit pas un carnet de commandes, un club d’affaires ne remplace pas un psychologue, et un coach individuel ne fournit pas le regard de quelqu’un qui vit la même chose au même moment. L’erreur la plus coûteuse consiste à attendre d’un seul cadre ce que trois cadres différents apportent.
| Format | Ce qu’il traite bien | Sa limite | Rythme habituel |
|---|---|---|---|
| Groupe de pairs / codéveloppement | Les décisions qu’on ne peut soumettre à personne en interne ; la confrontation à des dirigeants qui ont déjà vécu la situation | N’apporte pas d’affaires et suppose une assiduité longue avant d’être utile | Mensuel, demi-journée |
| Réseau d’affaires local à membres fixes | La répétition des mêmes visages sur la durée, le business, l’entraide opérationnelle entre métiers voisins | La confidence profonde n’est possible que si la concurrence directe est exclue du groupe | Deux à quatre réunions par mois |
| Organisation patronale ou syndicat professionnel | La défense d’intérêts communs, la veille réglementaire sectorielle | Format collectif large, peu adapté au cas personnel ; fréquentation en recul (19 % en 2026) | Variable |
| Coaching individuel ou mentorat | Le travail sur sa propre posture, la préparation d’une décision précise | Relation asymétrique et payante : ce n’est pas un pair, et le coût limite la fréquence | Mensuel à trimestriel |
| Accompagnement psychologique | L’épuisement, l’anxiété, les situations où la santé est engagée | Ne traite pas les causes économiques du problème | Selon prescription |
| Communauté en ligne | La réponse rapide à une question technique, à toute heure | Composition mouvante, anonymat relatif : peu de continuité d’une fois sur l’autre | Permanent |
Ce qui distingue un groupe où l’on parle d’un groupe où l’on fait bonne figure
Quatre paramètres déterminent presque entièrement le résultat, et aucun ne relève du contenu des réunions : la composition du groupe, la régularité imposée, la règle de confidentialité et l’obligation de contribuer. Un groupe agréable mais facultatif se vide en six mois ; un groupe exigeant mais régulier tient des années.
- Pas de concurrent direct dans la salle. Un dirigeant ne décrit pas sa trésorerie devant quelqu’un qui vend la même chose sur le même territoire. L’exclusivité d’un métier par groupe n’est pas qu’une règle commerciale, c’est la condition matérielle de la parole libre.
- Une présence obligatoire, pas encouragée. La confiance naît de la répétition. Un groupe où la moitié des membres tourne d’une séance à l’autre ne dépasse jamais le stade des politesses.
- Une règle de confidentialité énoncée à voix haute, répétée à chaque nouvelle arrivée. Une règle implicite n’en est pas une.
- Une obligation d’apporter quelque chose, information, compétence, contact ou temps. Les groupes où l’on vient seulement chercher se transforment en salles d’attente.
- Un ancrage géographique réel. Un déplacement de vingt minutes se tient dans la durée ; un déplacement d’une heure et demie s’abandonne au premier trimestre chargé.
Ce que Solydari organise, et ce que nous ne mesurons pas
Solydari est né d’une situation d’isolement : en 2021, un jeune conseiller immobilier arrivé depuis peu au Pays basque, qui n’y connaissait personne, rencontre deux jeunes peintres et leur propose de monter un groupe d’entrepreneurs. L’association compte six pôles et 103 membres dès la première année. C’est cette origine, et non une étude de marché, qui explique le format retenu : des pôles locaux à composition fixe, où un seul professionnel par métier siège.
Le règlement prévoit une présence minimale d’une réunion par mois, et les réunions dites de cohésion servent explicitement à ce que chacun fasse connaître ses besoins autant que ses compétences. S’y ajoutent des ateliers animés par les membres eux-mêmes, sur un mode non commercial, et des formations conduites par des formateurs habilités.
« Notre but est de rassembler des entrepreneurs autant sur la partie business que sur la partie compétence. Nous organisons des formations, avec formateur ou via les membres, et nous avons des réunions de brainstorming autant pour le réseau que sur des sujets entrepreneuriaux. Il est important de mixer business et partage, autrement le réseau aurait un goût fade de la relation interpersonnelle. »
Quentin Dumas, fondateur de Solydari, 26 août 2026
Une précision d’honnêteté s’impose ici, parce que le sujet s’y prête aux promesses faciles : nous ne mesurons pas l’isolement de nos membres. Ce que le réseau suit, ce sont les présences en réunion et les recommandations enregistrées sur l’application, pour un total de recommandations validées qui dépasse aujourd’hui 6,6 millions d’euros affichés en direct sur la page d’accueil. Aucun de ces indicateurs ne dit quoi que ce soit sur la santé mentale de qui que ce soit, et nous ne prétendons pas le contraire. Un réseau d’affaires crée des occasions régulières de voir les mêmes personnes ; ce que chacun en fait ne se mesure pas depuis un tableau de bord.
Par où commencer quand on se reconnaît dans ces chiffres
Par une seule décision de calendrier, pas par une réflexion. Le point commun des dirigeants qui sortent de l’isolement est d’avoir inscrit un rendez-vous récurrent dans leur agenda et de l’avoir tenu six mois, avant même d’en avoir tiré quoi que ce soit.
- Choisir un cadre à date fixe plutôt qu’un événement ponctuel, et le bloquer sur six mois d’un coup dans l’agenda.
- Vérifier avant d’entrer dans un groupe qui d’autre y siège : la présence d’un concurrent direct condamne la parole libre, quelles que soient les qualités du groupe par ailleurs.
- Distinguer ce qu’on cherche : des affaires, un regard sur ses décisions, ou une aide sur sa propre santé. Les trois se traitent dans des cadres différents et se cumulent très bien.
- Assister à une réunion en visiteur avant de s’engager, en observant une seule chose : est-ce que quelqu’un, dans la salle, dit une difficulté réelle ?
- Si le questionnement sur le sens revient très souvent, en parler à un médecin plutôt qu’à un groupe : la statistique des 38 % citée plus haut est un motif de consultation, pas un trait de caractère.
Pour ceux qui s’orientent vers un réseau d’affaires, le choix du dispositif compte autant que la décision d’y aller : nous avons comparé les principaux réseaux d’entrepreneurs français dans notre panorama des réseaux d’affaires en France, et détaillé les critères de sélection dans notre guide pour choisir un club d’affaires. Les mécanismes concrets d’une première rencontre sont décrits dans notre guide pour rencontrer des entrepreneurs.
Méthode
Tous les pourcentages cités proviennent de l’étude Bpifrance Le Lab publiée en 2026 sur la solitude des dirigeants de PME et d’ETI, relevée le 4 septembre 2026 aux sources listées en fin d’article : enquête auprès de 917 dirigeants entre février et avril 2026, et 35 entretiens conduits de janvier à mai 2026. Les éléments relatifs à Solydari proviennent de ses documents internes de fonctionnement et de son site public ; le montant de recommandations validées est un compteur mis à jour en continu sur la page d’accueil, arrondi ici en dessous de la valeur affichée. Aucun témoignage de membre n’est cité dans cette page. Ce texte n’a pas de valeur médicale et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.
Les pôles Solydari réunissent des dirigeants d’un même territoire, à composition fixe et avec un seul professionnel par métier. La carte des pôles indique ceux qui existent autour de vous, et il est possible d’assister à une réunion avant tout engagement. Adhésion à partir de 50 € HT par mois, engagement d’un an minimum.
Questions fréquentes sur la solitude du dirigeant
Combien de dirigeants se déclarent isolés en France ?
49 % des dirigeants de PME et d’ETI interrogés par Bpifrance Le Lab au printemps 2026, contre 45 % lors de la même enquête dix ans plus tôt. La progression est surtout marquée sur l’intensité du phénomène : la part de ceux qui se disent très isolés est passée de 11 % à 18 % sur la période.
La solitude du dirigeant est-elle plus forte dans les petites structures ?
L’enquête citée ici porte sur des PME et des ETI, et fait varier le sentiment selon la phase traversée par l’entreprise plutôt que selon sa taille. Le facteur déterminant qu’elle met en avant est l’impossibilité de parler : elle existe aussi bien chez un artisan seul que chez un dirigeant de deux cents salariés, pour des raisons différentes.
Un réseau d’affaires suffit-il à rompre l’isolement ?
Non, et le prétendre serait malhonnête. Un réseau d’affaires crée une régularité de rencontres et un cercle de professionnels qui se connaissent dans la durée, ce qui est une condition utile. Il ne remplace ni un groupe de pairs consacré aux décisions, ni un accompagnement de santé lorsque celle-ci est engagée. Les trois se cumulent sans se concurrencer.
Pourquoi la solitude est-elle si forte au moment de transmettre son entreprise ?
Parce que le dirigeant ne peut en parler à presque personne de son entourage professionnel : ses salariés découvriraient leur avenir par la rumeur, ses clients s’inquiéteraient de la continuité, et ses concurrents sont parfois les acquéreurs potentiels. L’étude 2026 mesure 42 % de dirigeants souvent ou toujours seuls durant cette phase.
Le succès protège-t-il de l’isolement ?
Pas vraiment : 25 % des dirigeants se déclarent souvent ou toujours seuls dans les périodes fastes. Deux mécanismes y contribuent : la difficulté sociale à exprimer une inquiétude quand tout semble aller bien, et la multiplication d’interlocuteurs intéressés par la réussite, dont il devient malaisé de distinguer les intentions.
À partir de quand faut-il consulter un professionnel de santé ?
Le repère le plus solide de l’étude est le questionnement répété sur le sens de son engagement : la mauvaise santé mentale concerne 17 % de l’ensemble des dirigeants, mais 38 % de ceux qui s’interrogent très souvent. S’ajoutent les signaux classiques d’épuisement, sommeil non réparateur, décisions repoussées, irritabilité persistante. En situation de souffrance aiguë, APESA propose un soutien gratuit et le 3114 répond 24 h/24.
Que vaut un groupe de pairs par rapport à un coach ?
Ce ne sont pas les mêmes objets. Le coach travaille sur la posture et les décisions du dirigeant dans une relation asymétrique et payante ; le groupe de pairs apporte le regard de personnes qui traversent ou ont traversé la même situation, avec une légitimité que l’expérience vécue donne et que le conseil n’a pas. Rien n’empêche d’utiliser les deux, pour des questions différentes.
Combien de temps faut-il avant qu’un collectif produise un effet ?
Plusieurs mois, parce que la confiance qui autorise à dire une difficulté réelle se construit par la répétition des rencontres et non par leur intensité. C’est la raison pour laquelle rejoindre un groupe au moment où la difficulté survient fonctionne mal, et pour laquelle les formats à présence obligatoire tiennent mieux dans la durée que les formats facultatifs.
Sources
- Bpifrance Le Lab, « Le nouveau visage de la solitude des dirigeants de PME », 2026 : 917 dirigeants interrogés de février à avril 2026, 35 entretiens de janvier à mai 2026 · communiqué Bpifrance
- Reprise et mise en perspective des résultats · Le Journal des Entreprises
- Observatoire Amarok, recherche sur la santé physique et mentale des dirigeants, créé en 2009 par Olivier Torrès · observatoire-amarok.net
- APESA, soutien psychologique gratuit aux entrepreneurs en souffrance aiguë · apesa-france.com
- Numéro national de prévention du suicide : 3114, gratuit, 24 h/24
- Fonctionnement des pôles, tarifs et compteur de recommandations · solydari.com
Révision programmée : décembre 2026.
